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Chaque année, le rendez-vous est pris en Bretagne. La Ligue pour la Protection des Oiseaux de Loire-Atlantique organise des sorties en mer pour un tête-à-tête pélagique avec les oiseaux. Voici quelques souvenirs de la dernière sortie de l'année, organisée le 12 septembre 2010.

 

Port de la Turballe

Port de la Turballe - 44   12.09.2010

 

  8 h 30, le soleil nous nous tient déjà compagnie et ne semble pas vouloir nous lâcher de la journée. Extra ! Les lumières du port sont magnifiques. L'ambiance y est tellement dépaysante : les goélands clament leur présence, les boulangeries sont chargées de viennoiseries et les participants à la sortie s'ammoncèlent près du bateau. Les inscriptions confirmées, je me hâte au pont supérieur pour faire une photo de famille : Inis Gwenva, Nathalie-Anne, Jeanne.... ces bateaux de pêche connaissent bien les embruns, la puissance de l'océan, la sérénité du port. Je m'attendrais à voir des lampes à pétrole accrochées aux cabines. Les goélands profitent des filets enroulés à la dérive en inspectant minutieusement chaque maille. Des jeunes pour la plupart. Je suis rassuré de leur présence, ils sont très importants pour nous permettre d'accrocher des espèces pélagiques plus rares.

 

Goélands juvéniles

Les goélands juvéniles sont accrochés !

Entre la Turballe et Hoëdic - 44  12.09.2010

 

   Il est primodial que les oiseaux suivent le sillage du bateau, le plus tôt possible. En effet, les oiseaux marins se nourissent en observant les individus de leur propre espèce ou d'espèces différentes. Un rassemblement en haute mer, des oiseaux qui plongent dans l'eau, autant d'éléments qui indiquent la présence de nourriture.

 

Pour attirer un grand nombre d'espèces, il faut donc susciter l'intérêt des goélands, très nombreux sur le port. Le meilleur moyen : distribution de maquereaux depuis le pont inférieur. Un oiseau, puis deux, puis cinq, puis vingt.... tout va très vite. Sitôt le bateau naviguant, les piafs nous suivent avec attention.

 

Les goélands attirés sont, à 95 %, des jeunes que l'on appelait jadis les grisards. Ce terme générique était employé en raison de la forte ressemblance des juvéniles des différentes espèces de goélands, toutes de couleur grise. Il n'existait pas de références bibliographies et de matériel d'observation performant pour distinguer les individus, d'où cette généralité. Par ailleurs, il y a beaucoup plus de jeunes du fait qu'ils soient moins efficaces dans la recherche de nourriture, sans connaitre les milieux favorables de leurs proies. Aussi, ils profitent beaucoup de la nourriture facile d'accès, et les maquereaux distribués constituent une aubaine à ne pas manquer ! Les adultes, eux, sont déjà loin...

 

Goéland brun

Goéland brun Larus fuscus

Entre La Turballe et Hoëdic - 44  12.09.2010

 

Quelques adultes se joignent tout de même au festin, comme ce Goéland brun. Il se distingue facilement des autres espèces par son manteau noirâtre, son bec jaune, plutôt fin, et ses pattes jaunâtres. 

 

Petite question d'ordre éthymologique : pourquoi goéland ? Le terme goéland vient du breton gwelan (mouette) dérivé lui-même de gwella, pleurer, allusion aux cris plaintifs des laridés (famille des mouettes et des goélands). Le terme brun parle de lui-même.

 

Les allemands le nomme Herinsgsmöwe, la Mouette des harengs. En l'occurence, le notre se régale de maquereaux !

 

Où est le Fou de Bassan ?

Un Fou de Bassan Morus bassanus se joint à la fête ! 

Entre La Turballe et Hoëdic - 44  12.09.2010

 

  10 h 25. En mer, d'autres espèces attirées par cette effervescence se joignent au festin, notamment le Fou de Bassan (l'oiseau noir et blanc, en haut à droite). 

 

Fou de Bassan

Fou de Bassan Morus bassana

Entre La Turballe et Hoëdic - 44  12.09.2010

 

Mon zoom n'est pas puissant (Canon 55-200 mm f : 4.5-5.6 II USM), mais il suffit largement ! Les oiseaux se rapprochent très près, au point de vouloir tendre les bras pour les toucher.  Les Fous de Bassan font partie des plus majestueux. 1.80 m d'envergure, des ailes rigides, un poignard à la place du bec... cet oiseau est profilé pour la haute mer. C'est un plaisir encore plus fort parce que j'ai l'habitude de le voir à la longue-vue, non à quelques mètres de distance.

Plusieurs individus ont suivi le bateau. Celui-ci est un adulte, reconnaissable à sa dominance blanche et sa tête jaunâtre.

 

Ses plongeons pour capturer les poissons atteignent 40 mètres de hauteur, mais cette caractéristique n'est pas à l'origine de ses noms français et latin. Fou, ou maurus (dérivé du latin signifiant imbécile) s'expliquerait en raison du caractère pacifique de ces oiseaux lorsqu'ils sont sur leur nid. Ils ne se défendaient pas (ou très maladroitement)  contre les pillages, voire le massacre perpétrés par les humains. Quant à Bassan, il s'agit d'un îlot rocheux d'Ecosse appelé îlot de Bass Rock, constituant un domaine privilégié de reproduction pour cette espèce.

 

Fou de Bassan

Fou de Bassan 

Entre La Turballe et Hoëdic - 44  12.09.2010

 

 Autre individu, même espèce. Une plus grande dominance noire de ses ailes, les mouchetures de son cou et la légère nuance jaunâtre de sa tête indiquent un individu de 3è année. Dans deux ans, il aura son plumage adult et pourra donc se reproduire.

Parmi les autres espèces, le Puffin des Baléares et l'Océanite tempête s'activent. Les premiers seront trop véloces pour être pris en photos, les autres, trop loin !

 

C'est alors une mouette s'avance, dans un faiseau de lumière solaire.

 

Mouette de Sabine

Mouette de Sabine

Entre La Turballe et Hoëdic - 44  12.09.2010

 

 10 h 32. Un photographe annonce "Mouette de Sabine dans le sillage !". D'abord farouche et gardant ses distances, elle se rapprocha progressivement, attirée par les morceaux de poissons jetés à la mer. La concurrence est rude, il lui faut être aux premières lignes !

 

La Mouette de Sabine Larus sabini est mon oiseau du jour ! Nicheuse du haut-arctique, elle évolue en pleine mer le reste de l'année, tenant ses distances avec les côtes. Très élégante, plus petite qu'une Mouette rieuse, ses longues ailes lui permettent de flotter dans l'air. Sa légèreté m'étonne, vivre en pleine mer nécessiterait pourtant un corps puissant de Fou ou de goéland... Et pourtant...

La reconnaissance de cette espèce est facilité par la présence d'un W sur ses ailes : rémiges externes noires, rémiges internes et secondaires blanches, couvertures alaires grises ou brunes (selon l'âge). La tête de cet individu présente un front blanc et l'arrière de la calotte noir, le bec est noir à pointe jaune (peu visible sur la photo) : c'est un adulte en plumage internuptial, c'est à dire hivernal. Les apparats de reproduction sont perdus, place à des couleurs neutres pour sa vie en haute mer.

 

Mouette de Sabine

Mouette de Sabine

Entre La Turballe et Hoëdic - 44  12.09.2010

 

  Vu de dessous, le pattern alaire est caractéristique. J'ai dénombré au minimum deux individus différents durant la sortie.

 

En débarquant sur un îlot près du Cap York, au Nord-Ouest du Groenland, le 25 juillet 1818, Edward Sabine (militaire, naturaliste anglais) et ses compagnons découvrent une petite colonie de mouettes inconnues. Ils en tirent plusieurs individus qu'ils expédient en Grande-Bretagne où Joseph Sabine, son grand frère, les présente à la Linnean Society, en décembre 1818, en nommant l'espèce Larus sabini. 

 

HoëdicTerre promise d'Hoëdic

Hoëdic - 56  12.09.2010

 

Entre 12 et 15 heures, un petit tour de l'ile s'impose. 800 mètres de large, environ 2.5 km de long... une bonne balade sur front de mer et des oiseaux encore et toujours ! Bésseau cocorli Calidris ferruginea, Bécasseau variable Calidris alpina, Grand Gravelot Charadrius hiaticula, Cormoran huppé Phalacrocorax aristoteli et même un Bruant ortolan Emberiza hortulana.

 

Un autre oiseau en grand nombre ce jour : le Traquet motteux Oenanthe oenanthe. La migration de l'espèce est à son apogée, certains individus arrivent de Grande-Bretagne, d'Europe du Nord (même de plus loin), direction l'Afrique.

 

Traquet motteuxTraquet motteux

Hoëdic - 56  12.09.2010

 

Le centre sombre des moyennes couvertures internes, l'avant du sourcil chamois (pas visible sur la photo), les joues rousses et le dos brun clair tendent pour un individu de 1er hiver.

 

"Traquet" ? pour l'analogie auditive du traquet du moulin, cette latte de bois qui passe à travers la trémie et qui, actionné par une corde, fait tomber le blé sur la meule. En bougeant, ce clapet produit un bruit comparable aux cris de l'oiseau.

 

15 h 00. Embarquement immédiat ! retour sur le continent (oohhh noooonnnn !). Le bateau manoeuvre puis repart mais aucun goéland ne répond présent à l'appel du maquereau ! L'océan et le ciel se ressemblent, désespérement vides. Heureusement, un grisard qui passait par là s'approche et se régale de  maquereaux. S'enchaîne l'arrivée de deux autres goélands et en quelques minutes, les disputes entre oiseaux me rassurent : le spectacle recommence !

 

Au programme, les mêmes espèces avec une nouvelle pour l'après-midi !

 

Grand Labbe

Grand Labbe Stercorarius skua

Entre Hoëdic et la Turballe - 44  12.09.2010

 

16 h 08. Je n'ai pas réussi à le photographier de plus près mais cet oiseau noir aux plages blanches particulièrement visibles sur les ailes se reconnaît aisément dans de bonnes conditions : le Grand Labbe. C'est une espèce kleptoparasite, elle vole les proies capturées par d'autres espèces : sternes, mouettes... Après une course poursuite aérienne, le Grand Labbe force sa cible a régurgiter sa prise pour en profiter. Véritable pirate des mers, il n'hésite pas à prédater également oiseaux et mammifères.

 

Le terme Labbe est formé du suédois labb, ayant le sens de happer, capturer. C'est le plus grand des labbes.

 

 

 

 

Après une journée en mer, comment résister à l'envie d'y retourner ? Pour ceux qui n'ont pas de bateau, la majorité de ces piafs est visible depuis le continent, à condition d'avoir une longue-vue ! Pour la Mouette de Sabine, il faudra également compter sur les tempêtes océaniques qui la poussent le long des côtes.

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