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9 septembre 2010 4 09 /09 /septembre /2010 17:03

Rendez-vous dans le Mercantour, l'un des neufs parcs nationaux français. Ce 21 août, un roi caresse les 1800 mètres de versants rocheux à la recherche de fleurs d'Astéracées. Ivresse de l'altitude, l'Apollon s'élève et affronte les montagnes alentours, puis redescend comme neige qui fond au soleil. Le réchauffement climatique aurait-il raison de lui ?

 

 

Apollon

La Madone de Fenestre - 06   21.08.2010

 

 

L'Apollon est un rhopalocère de relief, occupant les prairies et versants ensoleillés de 400 à 2500 mètres, sa répartition se concentrant surtout entre 1000 et 1800 mètres.

 

Grand (plus de 8 cm d'envergure), le flocon de neige se reconnait facilement par sa couleur de fond blanche, ses antennes gris pâle sans annelures, les taches noires des ailes antérieures et ses deux ocelles rouge orangés (suivant l'usure et les individus) au recto et verso des ailes postérieures. A noter également la bordure marginale transparente (hyaline : dépourvue d'écailles) de l'aile antérieure.

 

Disparu des Vosges depuis 1976, l'Apollon souffre gravement de la déprise agro-pastorale, du reboisement des prairies et du réchauffement climatique. Il a également disparu du mont Pilat, du Puy-de-Dôme, des bas plateaux du Jura... Victime de collectionneurs qui auraient prélevés des populations entières, ce papillon fut le premier dont la capture a été interdite en Allemagne dès 1936, et en France en 1977 (CITES, interdisant notamment sa commercialisation).

 

Sa disparition est plus ou moins brutale suivant les localités. Si l'espèce est encore bien présente dans les Alpes, la diminution des effectifs dans de nombreuses stations, notamment le Massif Central, s'expliquent par la fermeture des milieux et l'afforestation des pelouses. Une autre explication s'ajoute pour expliquer une diminution nette et brutale dans les Causses. Si l'espèce était abondante jusqu'en 1988, les hivers 89 - 90 ont été anormalement chauds, au point de quasi-condamner l'espèce.

 

Si la disparition des pelouses alpines est la cause évidente de la raréfaction dramatique de l'Apollon, les plantes nourricières des chenilles - orpins (Sedum sp), joubarbes (Sempervivum sp) - étant des espèces de plaine, non forestières ; comment expliquer l'impact brutal du réchauffement climatique sur les populations de cet insecte ? Pourquoi est-il un papillon du froid ?

 

Apollon

La Madone de Fenestre - 06   21.08.2010

 

        Il y a des papillons dont la biologie impose le froid pour différentes raisons : reproduction, alimentation... En ce qui concerne l'Apollon, la neige - et donc le froid -  s'impose dans le développement des chenilles. Si les adultes sont héliophiles (ils aiment la lumière) et émergent à la fin du printemps et en été, les oeufs et les chenilles ont besoin d'un manteau neigeux suffisant pour leur diapause hivernale. Ce temps passé au ralenti est comparable à l'hibernation des chauves-souris. Le froid les entraine dans un état de torpeur (proche de la mort) où la totalité des expressions vitales s'expriment au ralenti. Certaines, comme l'alimentation et la croissance, s'arrêtent complètement.

 

Alors que la majorité des chenillettes de l'Apollon sortent au printemps, d'autres émergent dès l'automne. Elles hivernent alors dans la litière recouverte de neige et commencent à s'alimenter uniquement par temps ensoleillé, à partir de février. Si la neige et le froid disparaissent, ce cycle est perturbé. Donc condamné à court terme.

 

Par ailleurs, les plantes nourricières des chenilles, vivaces, ont également besoin de ce repos hivernal pour prospérer.

 

Le réchauffement climatique serait la raison d'une hausse de la limite de répartition du papillon, de 100 à 200 mètres d'altitude, ce qui expliquerait sa disparition dans le Larzac. L'Apollon étant inféodé à 700-800 mètres, l'altitude maximale du Larzac est d'environ 900 mètres. Comment atteindre une altitude protectrice qui n'existe pas ? 

 

 

Apollon

Femelle. Le sphragis est bien visible

La Madone de Fenestre - 06   21.08.2010

 

        Autre élément qui caractérise les appolons : le sphragis de la femelle.

 

D'origine, la sphragis était la marque d'un propriétaire pour indiquer les objets qui lui appartenaient. Pour notre Apollon, il s'agit d'une structure cornée située au bout de l'abdomen de la femelle, formant un crochet. Le sphragis est une véritable ceinture de chasteté. Secrété par le mâle durant l'accouplement, il empêche toute autre copulation de la femelle. Chaque espèce de Parnassius a un sphragis bien particulier.

 

  Biotope de l'Apollon

La Madone de Fenestre - 06   21.08.2010

 

       Voici le milieu où j'ai observé l'Apollon : prairies rases, éboulis, en altitude.

 

 

Les projections climatiques du XXIè siècle présentée par le GIEC (Groupe Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat) indiquent une augmentation de la température mondiale de 1 à 6°C. Le réchauffement climatique n'est pas une fatalité.

Pour lui échapper, l'Apollon devra escalader, peut-être même dépasser les plus hauts sommets des montagnes qui l'ont vu naitre.

 

Qui doit être raisonnable : l'homme ou le papillon ?

 

 

 

 

 

 

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