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6 septembre 2010 1 06 /09 /septembre /2010 21:44

Il est des papillons qui emballent le coeur. Qui font trembler les mains ... C'est mon obs de l'année 2010 ! l'Azuré de la sanguisorbe.

Tout comme le Fadet des laîches, cette espèce ne cesse de se raréifier ces dernières décennies. Rien de très original : agriculture intensive, disparition des zones humides... Menacé également du fait de son cycle de vie particulier, incluant une seule plante-hôte pour les chenilles et une adoption par les fourmis.

 

Aucun chaînon ne doit manquer pour profiter de ce papillon hors du commun.

 

 

Azuré de la sanguisorbe

Dordogne - 24   07.08.2010

 

         Voici un spectacle rare dans l'Ouest de la France ! L'Azuré de la sanguisorbe est si précieux...

 

Espèce protégée au niveau national, elle est inscrite en annexe II et IV de la Directive Habitats, communément appelée Directive Habitats Faune-Flore (conservation de l'espèce et de son espace naturel) adoptée par l'Union Européenne en 1992. Elle figure également en annexe II de la Convention de Berne, qui permet de renforcer sa protection européenne (espèce de faune strictement protégée). Ainsi, la capture d'imagos, la détérioration ou la destruction de son habitat, le ramassage intentionnel des oeufs, la détention et le commerce de l'espèce sont formellement interdits, sous peine de poursuites judiciaires.

 

Si cette espèce a disparu de Charente, la Dordogne accueille encore quelques populations, dont une située au Nord du département. Je connaisais son existence, sans précisions sur sa localité. Le 07 août 2010, je décidai d'aller prospecter le secteur, en appuyant mes recherches sur des prairies de fauche, naturelles, humides.

Le premier papillon bleu de la journée se présente au coin des yeux. Le vol est souple, adroit mais pas très rapide. Il déambule entre les saules puis s'éloigne. Je suis proche de la station, la Sanguisorbe officinale abonde.

 

Quelques dizaines de mètres suffiront pour surprendre un, deux puis trois papillons voletant, se poursuivant un peu, et recherchant surtout la plante salvatrice de leurs chenilles.

 

 

 

Azuré de la sanguisorbe

Dordogne - 24   07.08.2010

 

     J'ai observé beaucoup plus fréquemment le revers, le papillon se pose souvant les ailes fermées. Aucune marque jaune ou orangée, mais un fond de couleur uni parsemé de petites tâches noires. Il n'y a pas de suffusion bleue.

 

L'Azuré de la sanguisorbe ressemble beaucoup à d'autres espèces du genre Maculinea (tout aussi rares et protégées), mais s'en distingue par l'ocelle de l'espace 2 du verso de l'aile antérieure, située à égale distance entre les points submarginaux et le point discoïdal. Sur la photo ci-dessous, il est à moitié caché par la marge de l'aile postérieure mais reste visible. Contrairement à l'Azuré du serpolet Maculinea arion, les quatres ocelles du verso de l'aile antérieure ne sont pas allongées.

 

Le milieu et la présence de la plante-hôte permet également d'identifier ce papillon avec certitude. Voir la femelle pondre sur les inflorescence de Sanguisorbe officinale Sanguisorba officinalis, unique plante-hôte de ses chenilles, est diagnostique. Cette spécificité la caractérise comme étant une espèce monophage.

 

 

 

 

 

Azuré de la sanguisorbe

Dordogne - 24   07.08.2010

 

        Le même individu avec l'ocelle de l'espace 2 (le quatrième en partant du haut de l'aile antérieure) bien visible.

 

L'Azuré de la sanguisorbe fréquente les marais à tourbières inondés, légèrement calcaires. On ne le rencontre jamais en  milieu acide, la plante-hôte étant plutôt calcicole et hygrophile, parfois sur terrains secs ou pelouses maigres. L'abandon, et donc l'emboisement des prairies, est particulièrement problématique, les milieux devant rester ouverts. L'apparition du papillon varie entre la quatrième semaine de juin et la seconde, voire la troisième semaine d'août.

 

Azuré de la sanguisorbe accouplement

Accouplement    Dordogne - 24   07.08.2010

 

        Sitôt émergée et déjà, les femelles recherchent l'accouplement pour pondre quelques heures plus tard.

Cette femelle déposera près de 70 oeufs dans les inflorescences de Sanguisorbe officinale durant ses 10 jours de vol. Une vie brève... le temps est compté ! 


Azuré de la sanguisorbe

Ponte sur Sanguisorba officinalis     Dordogne - 24   08.08.2010

 

        Il est surprenant d'observer la sélection des têtes florales où sont déposés les oeufs. Les papillons sont des insectes myopes, ils distinguent les couleurs (notamment les ultraviolets), les formes et les mouvements rapides. Si les femelles peuvent être trompées par la forme et la couleur d'un support ressemblant à la Sanguisorbe, une inspection brève mais minutieuse empêche toute erreur. Pour se faire, elle caresse la plante de ses antennes, organes olfactifs indispensables pour la reconnaissance des végétaux de ponte. Une fois la plante identifiée, la femelle parcourt l'inflorescence quelques instants puis recourbe son abdomen pour y déposer un oeuf. La précision de la ponte est possible du fait qu'elle dévagine ses pièces génitales sur deux ou trois millimètres, lui permettant d'insérer les oeufs au coeur des fleurs.

 

Les têtes florales sélectionnées ne sont, en grande majorité, pas encore épanouies. Si les femelles ne pondent qu'un seul oeuf par inflorescence, elles peuvent se succéder sur la même plante. On compte alors au maximum 5 oeufs.  Après 10 à 12 jours d'incubation, les chenilles sortent et commencent leur régime carnivore. En plus de la consommation des fleurs, la plus vigoureuse dévore les autres chenilles de sa propre espèce de la même inflorescence (xénophagie).

 

Lorsqu'elle atteint son troisième stade d'évolution, au 20ème jour, elle cesse toute alimentation et se laisse tomber à terre par un fil de soie. Les fourmis entrent alors en scène.

 

 

Azuré de la sanguisorbe

Dordogne - 24   07.08.2010

 

 

      Pour poursuivre son évolution, la chenille doit obligatoirement être récupérée par des fourmis, principalement Myrmica scabrinodis. Sinon, elles meurent de faim dans les deux à trois jours.

La récupération par ces hyménoptères est rapide et s'effectue par "tricherie", la chenille diffusant des phéromones propres aux larves de fourmis. Reconnue (confondue !) et saisie dans les mandibules, la chenille est emportée dans le nid. Certaines chenilles pourraient également y pénétrer par leurs propores moyens.

Installée sous terre, elle exprime alors tout son potentiel carnivore en consommant uniquement le couvain (ensemble des oeufs, larves et nymphes) de la fourmilière sans être attaquées par les ouvrières. La chenille vivra onze mois bien à l'abri et consommera, durant cette période, quelques 600 larves de fourmis. La reine doit être prolifique, la population fournie et le nombre de chenille limité (jusqu'à 4 par fourmilière).

 

La nymphose a lieu dans la fourmilière près de l'entrée. Les imagos fraîchement émergés ne sont pas attaqués par les ouvrières, sauf en cas de blessures. Les papillons évoluent alors dans leur nouveau milieu aérien. D'abord les mâles, puis les femelles. Ce décalage permettrait aux premiers mâles de vagabonder et ainsi de coloniser de nouveaux territoire (?), même si l'Azuré de la sanguisorbe est beaucoup moins erratique que d'autres Maculinea.

 

 

La biologie extraordinaire de ce papillon explique la fragilité de ses populations. L'ensemble des chaînons de son cycle est indispensable pour la pérennité de l'espèce : des stations humides, riches en Sanguisorbe officinale ainsi que la présence de fourmis, surtout Myrmica scabrinodis. Si l'espèce peut évoluer dans des parcelles de moins d'un hectare, elle n'a pas une forte capacité de dispersion comme le Cuivré des marais . Les populations sont généralement isolées, donc très sensibles et particulièrement vulnérables. Certaines localités doivent également restées secrètes afin de limiter le dérangement volontaire et surtout le prélèvement de collectionneurs sans scrupules.

 

 

Azuré de la sanguisorbe

Dordogne - 24   07.08.2010


         Disparu des Pays-Bas dans les années 70, l'Azuré de la sanguisorbe y a été réintroduit avec succès dans les années 90. Ce qui constitue un grand espoir pour sauver ce papillon, particulier et attachant.

 

 

Dernière minute...

 

  Du nouveau pour la Charente ! L'espèce a été retrouvée en 2010 dans une petite parcelle humide entourée de maïs sur la commune de La Couronne.

 

 

 

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