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14 novembre 2010 7 14 /11 /novembre /2010 11:35

              Observée pour la première fois aux alentours de Vérone en 1770, le botaniste néerlandais Nicolaas Laurens Burman (élève de Linné, s'il vous plaît !) attribua à une nouvelle orchidée le nom scientifique Serapias vomeracea, reprit par Briquet en 1910. Serapias :  de Sérapis, dieu égyptien, adopté par les Grecs qui donnaient ce nom à une orchidée réputée aphrodisiaque, et vomeracea de vomer : un soc de charrue, en raison de la ressemblance du labelle de la fleur ("ses langues rouges") à l'outil agricole.

 

Ainsi cette orchidée sera nommée le Sérapias en soc.

 

Il est vrai qu'une référence botanique au soc de charrue est pour le moins étonnant ! Il faut remettre cette comparaison dans le contexte rural de l'époque. Fin XVIIIème, début XIXème siècle et début du XXème sont des périodes où l'agriculture était l'une des activités professionnelles les plus répandues dans le monde. Rappelons qu'au moment de la révolution française, plus de la moitié des français étaient agriculteurs ! Pour des botanistes, la comparaison était sans doute logique.

 

Sérapias en soc

Auros - 33   25.05.2009

 

      Ce sérapias se distingue des autres espèces françaises du genre par un port élancé et laxiflore, de grandes fleurs dont le labelle est pourvu d'une longue pilosité blanche atteignant la moitié de l'épichile. La plante est robuste, haute de 17 à 60 cm. Sa floraison est assez longue : de mars à juin (juillet).

 

Si certaines orchidées assurent leur fécondation croisée en trompant un insecte par la couleur et la forme du labelle, la diffusion d'odeurs proches des phéromones ; en disposant de nectar ou feindre que la fleur en possède ; les Sérapias ont adopté une autre tactique indispensable à leur reproduction. Ils offrent le gîte... mais pas le couvert !

 

 

Sérapias en soc

Auros - 33   25.05.2009

 

    Dépouvu de nectar, la plante assure sa fécondation par le biais des hyménoptères (guêpes, abeilles solitaires...). Pour les attirer, l'évolution naturelle a modifié l'hypochile en un petit tunnel sans issue (ce trou noir au dessus du labelle). Lors des nuits froides, de journées fraîches ou par temps pluvieux, les insectes trouvent refuge dans cet abri, où la température est de 1 à 3 degrés plus élevée qu'à l'extérieur. Confortablement installés, ils entrent en contact avec les pollinies qu'ils transportent par la suite dans une autre fleur. A défaut d'une collation, la plante garantie la protection.

 

D'autres sérapias ont adoptés des stratagèmes différents. On en attendait pas moins d'une famille de plantes à la mécanique aussi complexe, qui dépasse de loin la binette... ou le soc de charrue !

 

 

Biotope Sérapias en soc

Biotope de Serapias vomeracea : clairière d'un bois caducifolié (Quercus sp) en milieu calcaire

Auros - 33   25.05.2009


        Le Sérapias en soc est une orchidée qui peut être abondante dans ses stations méditerranéennes. Plus rare ailleurs, sa répartition se morcèle jusqu'en Charente-Maritime. En Poitou-Charentes, elle bénéficie d'une protection régionale depuis 1988. Cette protection nécessite la conservation de ses habitats : clairières,  prairies humides et autres côteaux calcaires. L'une des principales menaces, outre leur destruction, est l'évolution naturelle du milieu en surface boisée fermée. Une fauche tardive semblerait être la meilleure gestion pour la conservation de cette espèce en Charente.

 

 

Sérapias en soc-copie-1

Sud-Charente - 16  08.05.2013

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